Alsharq Tribune- Suivis
A la veille d’un nouveau cycle de négociations entre le Liban et Israël, prévu les 15 et 16 juillet à Rome, Washington s’attèle encore à jouer l’entremetteur. Une délégation militaire américaine s’est rendue samedi 11 juillet à Beyrouth afin de superviser, avec l’armée libanaise, la mise en oeuvre du retrait israélien de certaines zones du sud du Liban.
Les Etats-Unis apparaissent comme le seul acteur capable de maintenir un canal de dialogue entre les deux parties, mais leur capacité à infléchir les choix stratégiques d’Israël n’est pour autant pas établie. Dans le même temps, les tensions renouvelées avec l’Iran pourraient, en plus, apporter son lot de complexité aux discussions.
Le déplacement de la délégation américaine s’inscrit dans le prolongement de l’accord-cadre négocié sous médiation américaine 26 juin. Celui-ci prévoit un retrait progressif de l’armée israélienne de plusieurs secteurs du sud du Liban.
Selon une source militaire libanaise citée par l’AFP, les discussions en cours portent sur les modalités du retrait israélien d’une première « zone pilote », afin de permettre le déploiement de l’armée libanaise.
Un responsable américain, cité anonymement à Washington, a indiqué que cette première phase devait être lancée « dans les prochains jours », tandis que d’autres zones sont encore à l’étude.
Le Commandement central américain (CENTCOM) sera chargé de coordonner le dispositif avec les deux parties.
Les discussions de Rome doivent précisément porter sur les modalités techniques de cette première phase de mise en oeuvre. Pour Beyrouth, la réussite de ces pourparlers dépend d’un geste préalable d’Israël.
Les autorités libanaises ont par ailleurs exprimé leur souhait de voir les forces israéliennes quitter les premières zones concernées avant l’ouverture des négociations. Le Liban a d’ailleurs conditionné sa participation aux discussions de Rome au retrait effectif d’Israël de deux zones pilotes.
Le président libanais, Joseph Aoun, qui doit se rendre à Washington à la fin du mois à l’invitation du président américain, Donald Trump, a ainsi renouvelé son appel aux Etats-Unis pour qu’ils « fassent pression sur Israël » afin qu’il cesse ses opérations militaires et respecte les engagements pris dans le cadre de l’accord.
Reste que les Etats-Unis ne disposent pas d’une liberté d’action illimitée. Trump, s’est montré optimiste le 8 juillet dernier, affirmant croire qu’Israël retirerait ses troupes du sud du Liban parce que « c’est ce qu’il souhaite faire ».
Cette déclaration contraste toutefois avec les positions affichées par le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, qui a répété que les forces israéliennes resteraient déployées dans une « zone de sécurité » d’une dizaine de kilomètres à l’intérieur du territoire libanais aussi longtemps que le Hezbollah demeurera armé.
Il s’agit donc surtout de se rendre sur place pour « déterminer le mécanisme de mise en oeuvre sur le terrain », a expliqué l’ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Michel Issa.
Selon plusieurs analystes, cette divergence met en lumière les limites de la médiation américaine. Si Washington demeure le principal allié stratégique d’Israël et conserve d’importants leviers d’influence, il évite généralement d’exercer une pression publique susceptible d’être interprétée comme une remise en cause des choix sécuritaires israéliens.
Le calendrier diplomatique est également perturbé par la détérioration de la situation régionale. La reprise des frappes américaines contre des installations iraniennes au début du mois de juillet marque la fin de la courte période d’accalmie.
Cette évolution pourrait influencer indirectement les discussions entre le Liban et Israël. Le Hezbollah demeure l’allié régional le plus important de Téhéran, et chaque montée des tensions entre Washington, Israël et l’Iran tend à réduire les marges de compromis sur le front libanais.
Pour autant, plusieurs analystes invitent à ne pas surestimer cet impact et considèrent que les négociations israélo-libanaises répondent à une logique propre et distincte, centrée sur la stabilisation de la frontière et la restauration progressive de l’autorité de l’Etat libanais.
Les tensions avec l’Iran compliquent certes le contexte politique, mais elles ne remettent pas automatiquement en cause les intérêts immédiats de Beyrouth et de Jérusalem à éviter une reprise d’un conflit ouvert.
Une première étape se jouera donc à Beyrouth, où la délégation américaine devra mettre en oeuvre les engagements prévus par l’accord. La tâche s’annonce délicate : aucun calendrier de retrait n’a été fixé et Israël lie toujours son désengagement à l’évolution de la menace du Hezbollah.
Les discussions prévues ensuite à Rome constitueront un second rendez-vous décisif. Washington est un médiateur certes incontournable, mais la suite du processus dépendra autant de l’évolution de la situation sécuritaire que de la capacité de l’Etat libanais à rétablir progressivement son autorité dans le sud du pays .