Alsharq Tribune-Otaify
Bien que situé à des milliers de kilomètres du Moyen-Orient, où des conflits impliquant l'Iran, les Etats-Unis et Israël ont fait des victimes et dévasté les économies locales, le Bénin, un pays de plus de 14 millions habitants en Afrique de l'Ouest, en ressent de plus en plus les effets d'entraînement, notamment à travers la hausse des prix du carburant.
"Avant ce conflit, nous importions du Nigeria un bidon de 25 litres d'essence à 12.000 francs CFA (environ 20,97 dollars), ce qui nous permettait de le vendre à 500 francs CFA le litre sur le marché informel au Bénin," a expliqué mardi à Xinhua Prospère Koffi, importateur de carburant.
Depuis le début du conflit, le même volume se vend désormais entre 18.000 et 20.000 francs CFA, selon M. Koffi.
"Dans ces conditions, nous n'avons d'autre choix que de revendre le litre à 800 francs CFA, voire 1.000 francs CFA dans certaines régions du pays," a-t-il dit.
Parallèlement, le prix de l'essence dans les stations-service officielles au Bénin est resté inchangé à 695 francs CFA le litre depuis le 1er janvier 2025, malgré la situation actuelle, a précisé M. Koffi.
"Ce prix est fixé par le gouvernement, qui subventionne régulièrement les produits pétroliers afin de limiter l'impact des fluctuations des prix internationaux, notamment en lien avec les prix pratiqués au Nigeria," a indiqué le ministère béninois de l'Industrie et du Commerce dans un communiqué récent.
Pour les consommateurs, en particulier les conducteurs de taxi-motos, le carburant reste relativement moins cher dans les stations officielles que sur le marché informel, mais les pénuries persistent.
"Le produit n'est pas disponible en quantité suffisante dans les stations d'Etat. De longues files d'attente se forment pendant des heures pour obtenir seulement quelques litres, et ce n'est pas le cas dans toutes les stations. Celles situées en périphérie de Cotonou et dans les zones environnantes ne sont pas suffisamment approvisionnées pour répondre à la forte demande," a expliqué Patrick Gbèho, conducteur de taxi-moto dans la plus grande ville du pays.
Pour de nombreux Béninois, la flambée des prix du carburant sur le marché informel érode le pouvoir d'achat des ménages. La récente hausse des prix de l'essence dans le secteur informel a entraîné une augmentation des coûts de transport et des prix des produits de base, notamment du riz importé.
Aux yeux de l'économiste béninois Modeste Tamassèzodo, la forte hausse des prix mondiaux du pétrole est largement liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et en Ukraine.
"Les frappes dans les régions productrices, comme le Moyen-Orient, ainsi que les menaces pesant sur les infrastructures énergétiques accentuent les risques sur le marché," a-t-il dit, ajoutant que les risques pesant sur des routes maritimes clés, telles que le détroit d'Ormuz, perturbent le transport et font grimper les prix.
Le ministère béninois des Affaires étrangères a fait savoir que le pays suivait de près l'évolution de la situation au Moyen-Orient et ses implications.