Alsharq Tribune-M.Essam
Dans les couloirs du lycée où Yu Zhuojia enseigne, des vagues de "nihao (Bonjour)" l'accueillent chaque fois qu'elle apparaît avec ses manuels.
Agée de 23 ans et étudiante en master de l'Université des relations internationales de Chine, Mlle Yu s'est rendue en France en octobre 2025 dans le cadre d'un programme d'échange d'assistants linguistiques sino-français pour devenir assistante d'enseignement du chinois dans un lycée public à Paris.
"C'est la couleur du Nouvel An chinois, le rouge, qui symbolise la fête et la bonne fortune (...) Aujourd'hui, nous allons apprendre à découper de nos mains le caractère chinois le plus important, celui qui signifie la bonne fortune", explique Mlle Yu en français.
"Pendant la fête du Printemps, les gens accrochent ce caractère à l'envers sur leurs portes, ce qui symbolise l'arrivée de la bonne fortune", a-t-elle poursuivi, en montrant comment plier le papier et le découper le long des lignes marquées avec des ciseaux pour former ce caractère de bon augure.
Pour les élèves français, découper des caractères chinois avec des ciseaux était une expérience nouvelle. Lorsque la première feuille de papier rouge fut délicatement dépliée, révélant un caractère "Fu (bonne fortune)", la classe s'est exclamée de joie. Rapidement, d'autres créations ont vu le jour, chaque caractère étant unique.
A la fois apprenante du français et diffuseuse du chinois, Mlle Yu raconte des histoires chinoises dans sa classe tout en renforçant l'échange culturel sino-français à travers son enseignement quotidien.
Ce qui touche le plus Mlle Yu, c'est la façon dont le chinois est devenu un pont permettant à ses élèves d'exprimer leurs sentiments. Alors qu'un jour, elle a demandé à ses élèves de décrire une personne dans la salle de classe en utilisant les mots chinois appris, un élève l'a décrite ainsi : "Mon enseignante de chinois est Mlle Yu. Elle est chinoise. Elle est jeune. Elle a les cheveux noirs et très longs. Elle aime porter des qipaos (robe traditionnelle chinoise). Elle nous enseigne le chinois (...) Elle est très gentille et très belle". Même si les phrases n'étaient pas encore tout à fait cohérentes, elles formaient le portrait authentique d'une personne qui était non seulement "enseignante" mais aussi une ambassadrice culturelle chaleureuse.
Mlle Yu a ainsi peu à peu compris que lorsque la langue passait des manuels scolaires à la vie quotidienne et que les salutations se propageaient des salles de classe aux couloirs, un dialogue entre les cultures commençait déjà à s'instaurer discrètement. "Ces petits moments sincères, comme les premières pousses vertes qui apparaissent sur les branches au début du printemps, sont peut-être discrets, mais ils révèlent le bruit de la croissance (...) Pour les éducateurs, ce sont les échos les plus précieux, qui signifient que les graines de la culture ont pris racine, que l'échange interculturel se déroule véritablement dans les jeunes esprits", décrit Mlle Yu.
Lorsque Mlle Yu observe les premiers pas de ses élèves dans l'apprentissage du chinois, cela lui rappelle toujours ses propres débuts dans l'apprentissage du français à l'âge de 18 ans : la même curiosité, la même maladresse et la même lueur dans les yeux. "Aujourd'hui, nos rôles sont inversés : j'utilise le français pour leur ouvrir les portes du monde chinois, tout comme mon professeur de français m'avait autrefois ouvert une fenêtre du monde français", explique-t-elle.