Alsharq Tribune-AFP
L'Union européenne (UE) a donné vendredi son feu vert à l'accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré la colère des agriculteurs français et l'opposition de la France. Les obstacles semblent se réduire, mais les incertitudes demeurent. Cet accord, en négociation depuis 25 ans, continue de faire face à des résistances multiples qui expliquent son retard chronique.
L'approbation obtenue vendredi d'une majorité d'Etats membre de l'UE "n'est pas la fin de l'histoire", a assuré la ministre française de l'Agriculture Annie Genevard, citée par l'AFP, avançant notamment comme possible recours le vote du Parlement européen.
Selon des observateurs, le texte que les dirigeants de l'UE et du Mercosur signeront éventuellement le 17 janvier au Paraguay est en fait un "accord provisoire", qui devra ensuite être ratifié par le Parlement européen. Ce processus pourrait être bloqué par deux autres votes parlementaires, qui se tiendront tous deux au cours des premiers mois de 2026, prolongeant encore l'incertitude.
Après plus de 25 ans de négociations, pourquoi l'accord entre l'UE et le Mercosur tarde-t-il tant à aboutir ?
La principale pierre d'achoppement réside dans les préoccupations des agriculteurs européens, particulièrement en France, en Italie, en Pologne et en Hongrie. Ces derniers redoutent une concurrence déloyale avec les produits agricoles du Mercosur, particulièrement la viande bovine, le sucre et le soja, qui bénéficieraient d'un accès facilité au marché européen. Les agriculteurs dénoncent des normes sanitaires et environnementales moins strictes dans les pays du Mercosur, créant une distorsion de concurrence.
Suite à la trêve du Nouvel An, les agriculteurs ayant passé Noël sur les autoroutes en France ont repris leur mobilisation lundi 5 janvier 2026. Alors que le monde agricole des pays européens, dont la France, a été mis à rude épreuve par la récente épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ayant touché les troupeaux bovins, la perspective de la signature de l'accord UE-Mercosur et une baisse du budget agricole européen, une partie d'entre eux ont procédé à des blocages sur certains points routiers, entraînant des coûts de réparation et un manque à gagner important durant cette période très touristique.
L'accord n'est pas acceptable "en l'état", a répété le président français Emmanuel Macron, sous la pression du monde agricole français, une différence marquée par rapport au soutien prudent qu'il avait apporté à l'accord en 2019. "Clause de sauvegarde robuste, réciprocité avec les clauses miroirs et contrôles efficaces sur les produits importés", "nous avons besoin d'avoir ces avancées pour que l'accord change de nature. Nous ne lâchons rien", a insisté le président français après le sommet du Conseil européen qui s'est tenu jeudi 18 décembre à Bruxelles.
Vendredi, une majorité d'Etats membres de l'UE ont donné leur soutien provisoire à l'accord de libre-échange avec le Mercosur lors d'un vote à la majorité qualifiée. La France, la Pologne, l'Autriche, l'Irlande et la Hongrie se sont opposées à cet accord, tandis que la Belgique s'est abstenue. L'Italie a voté en faveur de l'accord après avoir obtenu des garanties supplémentaires de la Commission européenne pour son secteur agricole, un revirement considéré comme décisif pour obtenir la majorité qualifiée.
Cet accord entre l'UE et le marché commun regroupant quatre pays d'Amérique latine (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) doit réduire ou supprimer les droits de douane sur les importations de certains produits agricoles en Europe en provenance de ces pays, ou leur ouvrir des quotas d'importation, et faciliter en échange l'exportation d'autres produits de l'UE vers ces pays. Ainsi, l'accord permettrait à l'UE d'exporter davantage de véhicules, machines, vins et spiritueux vers le Mercosur et faciliterait, dans le sens inverse, l'entrée dans l'UE de la viande, du sucre, du riz, du miel et du soja en provenance du Mercosur, ce qui alarme les filières concernées.
Selon le spécialiste du droit Daniel Borrillo et les experts en économie Nathalie Janson et Nikolai Wenzel, ayant signé une tribune parue dans l'hebdomadaire le Point le 25 décembre dernier, au-delà des enjeux économiques, il existe un impératif géopolitique majeur. "Si l'UE bloque l'accord avec le Mercosur, elle risque de perdre son influence sur un partenaire stratégique, laissant ces pays se rapprocher de marchés hors-Europe.